La
mesure des champs électriques ou magnétiques générés par l’émission
d’un signal radio en un lieu précis est basée sur une réception de ce
signal capté par une antenne aux performances connues sur une large
gamme de fréquence.
Si cette procédure est totalement
satisfaisante pour qualifier des champs importants afin de vérifier le
respect des limites admises sur les rayonnements essentiels, ses
performances ne permettent pas toujours de quantifier des brouillages
de réception de faible amplitude particulièrement dans les bandes HF.
De même, la définition du lieu de mesure
introduit une notion dimensionnelle critique par rapport à la longueur
d'onde du signal à analyser. Pour minimiser les erreurs introduites
par ces contraintes pratiques, la plupart des protocoles recommandent
soit d’effectuer une combinaison des signaux reçus par plusieurs
antennes soit un déplacement de l'antenne pour rechercher un maximum
de réception dans des limites fixées.
Dans une configuration technique
identique en radiocommunication, on cherche généralement à obtenir le
maximum de rayonnement en émission sur la fréquence exploitée et à
récupérer la plus forte amplitude possible du signal en réception.
Pour cela les antennes utilisées ont une efficacité bien supérieure et
des bandes passantes bien plus étroites que les antennes de mesure.
Ainsi, leurs dimensions étant également beaucoup plus grandes, on peut
considérer que l'énergie qu’elles rayonnent ou qu’elles absorbent est
une somme d’énergies élémentaires mesurables de cette façon telle que
définie en CEM.
Cette constatation revient à dire que,
par principe, les rayonnements parasites des équipements électriques
ou électroniques ne sont jamais mesurés en qualification CEM dans les
conditions correspondant à la configuration réelle des équipements
qu’ils pourraient perturber.
Pour transposer les résultats relevés à
partir des qualifications de base en niveau de perturbation effective,
il faut tenir compte de l’environnement des antennes qui peut, dans
beaucoup de cas, rendre l'opération correspondante assez imprécise.
Réciproquement et pour les mêmes raisons, une mesure de dégradation
des performances en réception d’un système de radiocommunication ne
peut prétendre déterminer facilement si la source de perturbation
dépasse ou non les limites de rayonnement qui lui sont applicables.
A partir des équations de champs
présentées dans la partie technique précédente et à l’aide des outils
proposés, il est possible de transposer les résultats de mesures
effectuées sur une installation réelle en résultats théoriques dans
les conditions de mesures normalisées. Si cette transposition peut
manquer de précision dans un environnement perturbé, les écarts ainsi
exprimés par rapport aux limites peuvent aider à décider s’il est
nécessaire ou pas d’effectuer deux mesures distinctes (une normalisée
pour qualification d’une part et en configuration réelle d’autre
part). En effet, si ces écarts sont suffisamment importants pour être
supérieurs à l’erreur de mesure, leur signification a un sens. Dans le
cas contraire où ils pourraient se confondre avec une erreur de
mauvaise prise en compte de l’environnement, un doute peut subsister
et inciter à effectuer des mesures dans les conditions normalisées.
A cette difficulté d'interprétation des
résultats s'ajoute une différence importante de sensibilité de
réception entre les systèmes de mesure de qualification et les
installations de radiocommunication, pour les raisons suivantes :
-
Un
récepteur de mesure précis a un facteur de bruit proche de 10 dB à
12 dB alors qu’un récepteur d’équipement radioamateur permet d’avoir
un facteur de bruit, sans préamplificateur externe, de 5 à 7 dB. La
différence est donc d’environ 5 dB
-
Une
antenne de mesure large bande de dimension réduite aux environs du
mètre est estimée avoir un rendement correspondant à un gain variant
de -15 dBi à -30 dBi dans les bandes HF (en dessous de 30 MHz) et
proche de 0 dBi en VHF au-dessus de 100 MHz
-
Les
antennes filaires utilisées par les radioamateurs ont des gains de
l’ordre de 2 dBi à 5 dBi et les directives des gains allant jusqu’à
7dBi ou 8 dBi dans les bandes HF ou jusqu’à 13 dBi ou 18 dBi dans
les bandes VHF
-
Les
différences de performances entre les antennes de mesure et les
antennes couramment utilisées en radiocommunication montrent ainsi
des écarts importants de gain variant de 17 dB dans le meilleur des
cas à 30 dB dans des cas extrêmes parfaitement réalistes.
-
Le
cumul des écarts estimés en réception et entre les antennes équivaut
ainsi à une différence de sensibilité d’au moins 22 dB et pouvant
atteindre 35 dB sinon plus.
-
Les
mesures de qualification effectuées à de faibles hauteurs par
rapport au niveau du sol font apparaître une différence importante
avec les champs auxquels des antennes mieux dégagées au même endroit
sont soumises. Des écarts de 5 dB à 10 dB peuvent être couramment
constatés.
Pour
obtenir des résultats de mesure fiables, le niveau mesuré doit être en
valeur moyenne d’au moins 10 dB supérieur au bruit de fond de
réception. En associant ce seuil de mesure aux bandes passantes de
réception recommandées pour effectuer les mesures il est possible de
définir celui en dessous duquel il ne sera plus possible de quantifier
un rayonnement. Fixées à 9 kHz dans les bandes HF et à 120 kHz dans
les bandes VHF, ces bandes passantes correspondent à des seuils
d’environ -120 dBm en HF et d’environ -108 dBm en VHF. En HF, le champ
électrique moyen correspondant à la fréquence de 29 MHz où le gain de
l’antenne de mesure est le meilleur (-15 dBi) est ainsi d’environ 1,2
dBµV/m. A 145 MHz le meilleur cas équivalent (0 dBi) donne un seuil de
champ mesurable de 12,5 dBµV/m.
Il n’est pas rare de trouver dans les
tableaux de limites applicables des valeurs limitant sérieusement les
distances auxquelles les mesures de qualification peuvent s’effectuer.
Ainsi, par exemple, la norme NB30 précise à 29 MHz une limite de 27
dBµV/m à 3m de distance en valeur quasi-crête pouvant correspondre
dans bien des cas à des moyennes de l’ordre de 17 dBµV/m. La marge
au-dessus du seuil de mesure est ainsi d’environ 16 dB ce qui signifie
qu’au-delà d’une distance de 19 mètres, les mesures de qualification à
29 MHz ne sont plus possibles. Un raisonnement identique à 145 MHz
pour la limite de 40 dBµV/m à 3m de distance, également en mode
quasi-crête pouvant correspondre à 30 dBµV/m en moyenne, situe l’écart
à 17,5 dB au-dessus du seuil de mesure pour rendre toute mesure de
qualification impossible au-delà de 22 mètres.
On peut comprendre ainsi que des
désensibilisations notables de réception en trafic radioamateur à ces
mêmes distances et au-delà peuvent ne pas être détectées par des
mesures de qualification aux performances de sensibilité limitées.
A
partir des équipements de radiocommunication courants dont les
radioamateurs disposent, il est possible d’effectuer des mesures de
perturbations provenant d’autres équipements électriques ou
électroniques fonctionnant à proximité. Deux niveaux de quantification
sont possibles suivant le degré de calibration auquel l’équipement
utilisé a pu être soumis en préalable et suivant le matériel de mesure
complémentaire disponible.
Le minimum d’instrumentation nécessaire
en plus de l’équipement radio est un analyseur audio connecté sur la
sortie BF du récepteur. Cet analyseur peut être soit un simple
voltmètre BF, ayant une constante d’intégration suffisante pour
indiquer des valeurs moyennes de tension, soit (de préférence) un
analyseur de spectre audio implanté sur un PC équipé d’une carte son
reliée à cette prise à travers une interface identique à celui qui est
utilisé en communication numérique. Il existe de nombreux programmes
d’analyse capables de mesurer non seulement le niveau BF dans la bande
passante du récepteur mais également le rapport Signal/Bruit obtenu.
Les meilleures précisions de mesure étant
obtenues à la sensibilité de réception maximale, l’objectif consiste à
quantifier des variations de bruit audio à partir de signaux faibles.
Pour cela il peut être nécessaire d’insérer entre l’antenne et le
récepteur un atténuateur programmable.
A un degré plus élevé pour compléter les
mesures de dégradation et attribuer des valeurs absolues aux
résultats, il est nécessaire de disposer d’un générateur HF étalonné.
A défaut, un émetteur de petite puissance connue associé à
l’atténuateur précédent peut jouer ce rôle, à condition qu’il soit
suffisamment blindé pour que son rayonnement de structure ne soit pas
détectable en réception sur antenne. Les câbles reliant cet émetteur
ou le générateur devront également être suffisamment blindés pour ne
pas fausser les mesures par les rayonnements provenant de fuites
indésirables.
La précision absolue de la mesure est,
dans ce cas, celle du niveau de sortie du générateur ou de l’émetteur
utilisé combinée avec celle des atténuateurs associés.
La mesure de base consiste à comparer le
niveau moyen de bruit reçu par l’antenne à celui obtenu en la
remplaçant par une charge fictive. On déterminera ainsi une
dégradation de sensibilité de réception en dB par rapport à une
réception calme. Cette dégradation peut être normale si elle provient
de ce qui est habituellement capté par l’antenne à différentes heures
de la journée, particulièrement sur les bandes HF, et en absence de
perturbation. Elle peut être également anormale du fait d’une
perturbation et la dégradation effective correspond alors à la
différence entre les valeurs normales et les valeurs anormales. Cette
mesure effectuée dans les deux conditions donne une idée relativement
précise de l’impact de la perturbation (chiffrable en dB) sur les
performances de réception.
Le complément idéal de mesure nécessite
ensuite une calibration de réception sur un générateur non modulé et
étalonné relié à la prise antenne. La correspondance entre les
indications du S-mètre et les niveaux de sortie du générateur donnera
une indication directe en dBm des niveaux reçus. Ces indications de
S-mètre correspondant aux amplitudes quasi-crêtes des signaux reçus,
le niveau de sortie constant du générateur assure l’équivalence avec
l’amplitude moyenne délivrée. Des mesures de sensibilité à faible
niveau, effectuées en dessous du seuil de décollage du S-mètre et
exprimées en terme de Signal/Bruit, permettent ainsi de déterminer la
valeur absolue du niveau de bruit plancher en réception sur charge
fictive par rapport au niveau de puissance du signal délivré par le
générateur. Pour cela, une mesure précise de bande passante BF est
nécessaire afin de déterminer la référence énergétique du bruit
d’agitation thermique à prendre en compte.
Les dégradations ainsi mesurées
relativement à ce plancher de bruit peuvent alors être converties en
valeur absolue de puissance reçue (dBm) et en unités de champ
électriques ou magnétiques
Les explications pratiques sur la méthode
applicable à partir de ce principe de mesure sont détaillées sur le
document téléchargeable ici (Mesures-de-bruit.pdf
379,38 Ko). Deux tableurs de calcul, également téléchargeables ici,
permettent permet d’effectuer toutes les transpositions nécessaires à
partir des résultats obtenus. Le tableur le plus complet (Mesure-champ.xls
20,00 Ko) exploite directement les résultats des mesures effectuées à
partir d’un récepteur qu’il a permis de calibrer. Le tableur simplifié
(Mes-champ-simpl.xls 20,00 Ko)
effectue les mêmes transpositions à partir d’un autre récepteur de
mesure dont les performances, également connues, sont introduites
manuellement.